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GUIGNARD Laurence  

Antoine Léger l'anthropophage

Une histoire des lectures de la cruauté -1824-1903

978-2-84137-346-8 - Année : 2018 - 128 Pages - 17 €
Premier volume d'une série ARCHIVES dans la collection « Mémoires du Corps »

COMMANDE


Le 10 août 1824, près de La Ferté-Alais (Essonne), Constance Debully, âgée de douze ans et demi, partie pour aller ébourgeonner des plans de vigne, a disparu. On découvre quelques jours plus tard son cadavre soigneusement dissimulé dans la « grotte de la Charbonnière ». Antoine Léger est vite retrouvé et reconnu coupable du meurtre et du viol de la petite fille, dont il avait dévoré une partie du cadavre et bu le sang. Après un procès à huis clos à la Cour d’assises de Versailles, Léger, devenu « loup-garou », est condamné à la guillotine, sans montrer la moindre émotion.
Le cas d’Antoine Léger puise dans l’horreur sa lumière sombre, susceptible d’éclairer une histoire de ce que l’on peut nommer le mal. Cette étude a voulu être attentive au cheminement qui fait du crime d’Antoine Léger une affaire judiciaire, puis un cas médical intéressant plusieurs générations de psychiatres, à un moment où l’on scrute l’intériorité des criminels et les ressorts moraux des actions humaines : de Georget, contemporain de l’affaire, qui défend l’idée d’un acte fou, jusqu’à Krafft-Ebing qui à la fin du siècle inscrit la jouissance du mal qu’il nomme sadisme dans une conception neuve du psychisme. Laurence Guignard rassemble la série des textes qui ont mobilisé le cas Léger, montrant combien l’étiologie de la perversité puis des perversions a constitué un axe fécond de l’histoire de la psychiatrie.

Ce recueil rassemble la série des textes qui ont mobilisé le cas 






Présentation

1. De la perversité aux perversions : une histoire des lectures de la cruauté
Les preuves de l’horreur
Introspection du monstre
Motifs et circonstances
L’expiation
Médiatisation et culture de masse
Devenir cas
Les variations du cas
L’hypothèse lycanthropique

2. Procès-verbaux
1820, 1ère arrestation pour vagabondage
1824, l’affaire Léger
18 août, interrogatoire par Charlemagne Poilleu, juge d’instruction
21 août 1824, Deuxième rapport du docteur Ballu
29 août, 1er interrogatoire en vertu de mandat de dépôt par Charlemagne Poilleu, juge d’instruction
30 août, suite de l’interrogatoire du 29 août, par CharlemagnePoilleu, juge d’instruction
7 septembre, 2ème interrogatoire en vertu de mandat de dépôt par Charlemagne Poilleu, juge d’instruction
22 septembre 1824, 3ème interrogatoire en vertu de mandatde dépôt par Charlemagne Poilleu, juge d’instruction

3. Chronologie de l’affaire Léger (1824)


EXTRAIT

[…]
— Quel motif avez-vous eu d’ouvrir en entier le corps de la fille Debuly, et de la percer de coups de couteau ?
— C’était pour en boire du sang et me désaltérer.
— Pourquoi l’avez vous emportée dans votre rocher plutôt que la saisir sur le lieu même où vous veniez de l’égorger ?
— C’est parce qu’il y avait quelque chose que me disait qu’il fallait l’emporter.
— Quel était ce quelque chose ?
— C’était dans mon idée.
— Votre projet n’était-il pas de la dévorer ?
— Mon projet était d’en manger une partie si je l’avais pu.
— Qui vous en a empêché ?
— C’est parce que je ne pouvais plus rester et que les remords qui m’agitaient, me troublaient à un tel point que je me suis décidé à fuir ces lieux.
— Pourquoi dès lors au lieu de vous présenter volontairement à la justice et de faire l’aveu de votre crime avez vous au contraire fait résistance au garde qui vous a arrêté ?
— Je n’ai pas fait de résistance mais j’ai seulement dit au garde qui m’a arrêté que si je le voulais ce ne serait pas lui qui m’arrêterait, et qu’il n’avait pas de droit d’arrêter les passants.
— Pourquoi puisque vous ne pouviez plus supporter le séjour de votre roche depuis que vous y aviez déposé les restes de la fille Debuly, avez vous cependant caché son cadavre avec tant de soin ; de manière à le soustraire à toutes les investigations de la justice ?
— C’est parce que j’espérais que si on ne la retrouvait pas on ne saurait si la fille Debully était morte ou vivante, et c’est pour empêcher l’odeur de s’exhaler dans la campagne que j’ai aussi couvert le cadavre de sable et fermé les issues de la roche.
[…]