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SCHNELL Alexander  

Qu’est-ce que la phénoménologie transcendantale ?

Fondements d’un idéalisme spéculatif phénoménologique

2-84137-375-8 - Année : 2020 - 246 Pages - 22 €
COMMANDE


La question «qu’est-ce que la phénoménologie? » semble impliquer que celle-ci est d’une certaine façon déjà «là» et disponible, quelle qu’en soit la dynamique avec laquelle elle poursuit son évolution depuis sa naissance. Depuis plus d’un siècle, des représentants de plusieurs générations de phénoménologues ont traité de nombreux sujets et ont rédigé d’innombrables ouvrages que l’on attribue à cette école philosophique (ou ne faudrait-il pas plutôt parler d’écoles au pluriel?). Mais c’est précisément cette variété et cette diversité qui rend assez difficile de confiner la phénoménologie à son territoire propre et d’en déterminer l’essence. Même si la présente investigation se propose, du moins partiellement, de s’acquitter de cette tâche, il faut néanmoins souligner qu’il ne s’agit pas d’un manuel d’introduction à la phénoménologie – si toutefois on s’attendait à y trouver une introduction basique à la phénoménologie d’un point de vue historique ou systématique. De tels manuels existent heureusement et sont facilement accessibles. Le projet ici poursuivi part plutôt de l’idée que la phénoménologie n’est précisément pas close, qu’elle prédessine une tâche qui n’est pas accomplie, mais qui doit, en partie, encore être découverte et élaborée et qui peut être rendue fructueuse pour la pensée contemporaine au-delà du cadre restreint de la phénoménologie elle-même.



Alexander Schnell est spécialiste de la phénoménologie et de l’idéalisme allemand. Auteur de plusieurs ouvrages (chez Vrin, Puf, Hermann et chez nous) et de très nombreux articles, il est aussi traducteur de l’allemand et du bulgare. En 2012, il fonde le Centre d’études de la philosophie classique allemande et de sa postérité à l’Université Paris-Sorbonne où il enseigne de 2007 à 2016 (de 2014-2016 à l’Université Paris-Sorbonne-Abou Dabi). Il est aujourd’hui professeur de philosophie théorique et phénoménologie à l’Université de Wuppertal en Allemagne.

Il a publié En deçà du sujet. Du temps dans la philosophie transcendantale allemande aux PUF en 2010; En face de l’extériorité. Levinas et la question de la subjectivité chez Vrin en 2010; Le sens se faisant. Marc Richir et la refondation de la phénoménologie transcendantale chez Ousia en 2011; En voie du réel chez Hermann en 2013; Qu’est-ce que le phénomène? Paris, Vrin, 2014; La déhiscence du sens, Paris, Hermann en 2015

Chez nous: Réflexion et spéculation. L’idéalisme transcendantal chez Fichte et Schelling en 2009; Husserl et les fondements de la phénoménologie constructive en 2007 et L’effondrement de la nécessité en 2015.




Préface

Le caractère ouvert de la phénoménologie et la tâche de l’accomplissement de «l’idée phénoménologique d’une fondation» (Eugen Fink). Cela soulève deux questions: comment la connaissance phénoménologique peut-elle être rendue compréhensible radicalement? Comment peut-on concilier la reconduction à la «subjectivité transcendantale», caractéristique de la phénoménologie, avec la fondation d’un concept fort de l’être et de la réalité?

Trois voies possibles dans la phénoménologie: 1.) Exposition de la méthode phénoménologique; 2.) Mises en rapport historico-systématiques entre la phénoménologie et des motifs fondamentaux de la tradition philosophique occidentale (en l’occurrence: la philosophie allemande classique et l’empirisme anglo-saxon) ; 3.) Situation de la phénoménologie dans un contexte contemporain (en l’occurrence: le débat avec le «réalisme spéculatif»).

Le traitement de «l’idée d’une fondation» et la question de l’unité de la phénoménologie comprise comme idéalisme transcendantal.



Introduction

Phénoménologie et philosophie. Phénoménologie et critique. «Les choses mêmes». Le concept de phénomène dans la phénoménologie. Distinction entre le concept phénoménologique de phénomène et le «phénoménisme» kantien. Phénomène et corrélativité. Brève remarque sur le «style» phénoménologique.

L’objectif fondamental de l’idéalisme transcendantal phénoménologique: l’auto-engendrement d’un «sol» de l’être et de la connaissance.

La phénoménologie à la lumière de la prise de position critique d’Ernst Tugendhat. La thèse de Tugendhat selon laquelle la phénoménologie est soumise à deux «présupposés sémantiques». La réponse de la phénoménologie à la critique de Tugendhat.

Quatre thèses du philosopher phénoménologique: 1.) Thèse d’une double absence de présupposés; 2.) Thèse de la donation génétisée; 3.) Thèse de la corrélativité; 4.) Thèse de l’intelligibilisation.



I.

Considérations méthodologiques


Chapitre I: La méthode phénoménologique

Caractérisation de la phénoménologie comme méthode philosophique appelée par les problèmes; parallèlement, mise en évidence de l’impossibilité de faire précéder le travail phénoménologique par un «discours de la méthode».

L’«horizon fondamental» de la phénoménologie: le cadre transcendantal et spécifiquement ontologique en tant qu’il repose sur une «absence totale de présupposés». Quatre points de fuite du «sens se faisant» : 1.) La transcendantalité. La compréhension kantienne et fichtéenne du transcendantal. Le concept husserlien de l’«expérience transcendantale». 2.) L’horizon du sens. Sens et comprendre. 3.) L’eidétique. Le concept de l’«essence» ou de l’«eidos». La critique husserlienne du psychologisme. 4.) La corrélationalité. Trois niveaux de l’analyse phénoménologique et leur corrélativité respective.

Les concepts fondamentaux de la méthode phénoménologique. L’épochè phénoménologique. La réduction transcendantale. La radicalisation richirienne de l’épochè husserlienne.

La variation eidétique. Le rôle de la phantasía dans la variation eidétique. L’«idéation». Eidos et factum. Distinction entre l’idéation et l’abstraction conceptuelle. Le rôle de la «préconstitution passive» dans la constitution de l’eidos. L’«unité bâtarde». La pertinence ontologique de la variation eidétique. Délimitation par rapport au «platonisme».

La description phénoménologique. La «dimension critique» de la phénoménologie. La «naïveté transcendantale». Le statut des implications intentionnelles. L’intentionnalité d’horizon. L’évidence intuitive comme «principe de tous les principes» de la phénoménologie.

La construction phénoménologique. Réduction de démantèlement et construction phénoménologique. L’«intuition constructive». La construction phénoménologique et le «zigzag» phénoménologique.



Chapitre II: Amorces phénoménologiques d’une théorie de la compréhension

Le comprendre comme autre concept fondamental de la méthode phénoménologique. Deux tensions inhérentes au concept du comprendre (et le rôle du «soi» dans ces tensions). Légitimation du traitement de la problématique du comprendre eu égard aux sciences humaines et au sein même de la philosophie. Deux écueils à éviter dans l’investigation relative au concept du comprendre.

La compréhension heideggérienne du comprendre. Le comprendre comme projet-de-soi en vue du sens, dans un champ de compréhension. Le «cercle herméneutique». Le sens comme auto-explicitation du soi (et le rôle de la «constitution ontologique du Dasein» dans cette auto-explicitation).

La compréhension fichtéenne du comprendre. Comprendre et voir (Einsicht). Les différents traits caractéristiques du concept du «voir». La théorie fichtéenne du comprendre et sa doctrine de l’image. Les recoupements entre les acceptions du comprendre chez Heidegger et chez Fichte.

Comprendre et porter-à-l’arrêt (Zum-Stehen-Bringen). La contribution positive de l’«autreté» à la problématique du comprendre.

Le rapport au compréhensible (ou à «ce qui va de soi») et à «ce-qui-ne-va-pas-de-soi». L’«incompréhensible» comme arrière-plan de ce qui est à comprendre. Le comprendre comme extension de la compréhension, comme «ouverture d’horizon de la synthéticité a priori». Le rôle de la «construction» phénoménologique et de la «génétisation» dans cette acception du comprendre. Le mot d’ordre d’une phénoménologie ainsi comprise. L’«irréductible» et la «donation». La «positivité» de l’irréductible.


II.

La phénoménologie en tant qu’idéalisme transcendantal


Chapitre III: La phénoménologie transcendantale et l’idéalisme postkantien

Les fondements gnoséologiques et ontologiques de la phénoménologie. L’héritage kantien de la phénoménologie transcendantale. La nouvelle acception phénoménologique du concept du transcendantal.

Une attestation possible de l’unité de la phénoménologie comprise comme idéalisme transcendantal sur la base de trois citations importantes de Husserl, de Heidegger et de Levinas. La nécessité du recours à la philosophie allemande classique pour pouvoir justifier cette unité de la phénoménologie transcendantale et idéaliste.

Le plan gnoséologique. Analyse approfondie du «principe de tous les principes» de Husserl. L’arrière-plan fichtéen de ce principe suprême de la phénoménologie.

Les deux étapes de la légitimation de la connaissance grâce à l’évidence intuitive. Première étape: Mise en évidence des «implications intentionnelles». Seconde étape: Accomplissement de «constructions phénoménologiques». Le rapport entre la construction phénoménologique et la construction génétique fichtéenne.

Le concept heideggérien de la «possibilisation» et son rapport au concept fichtéen d’un «redoublement possibilisant».

Le plan ontologique. La question du «sens ultime de l’être» du phénomène phénoménologique. Le débat entre Fichte et Schelling sur le statut de l’idéalisme transcendantal. Le rattachement de Levinas à la position de Schelling.

Analyse approfondie du rapport entre la conscience et l’objet, et ouverture d’une «nouvelle ontologie». Trois moments principaux dans cette analyse: 1.) la fonction du concept phénoménologique de vérité (Husserl) ; 2.) la «fondation ontologique» au sein du rapport réciproque de conditionnement entre le constituant et le constitué (Levinas) ; 3.) la génétisation de ce rapport de conditionnement réciproque (Levinas).

Les conséquences des analyses de ces deux plans eu égard au statut de la corrélation sujet-objet. La question de l’unité de la sphère immanente et de la sphère pré-immanente de la conscience. La question d’une conciliation possible de la perspective gnoséologique et de la perspective ontologique. La réponse de Fichte à cette question: le concept de «possibilisation». Analyse approfondie de ce concept de «possibilisation» dans les Concepts fondamentaux de la métaphysique de Heidegger. Le concept de l’«événement fondamental» (Grundgeschehen) et ses trois moments.

Récapitulation des résultats de ce chapitre.



Chapitre IV: La phénoménologie transcendantale et le monde de la vie

Le motif fondamental de la philosophie moderne: l’objectivisme. La substruction d’un substrat mathématique comme caractéristique fondamentale de ce dernier. Le profond «ébranlement» de cet objectivisme par Hume: la formation de «produits fictionnels». La tâche à accomplir par la phénoménologie transcendantale: la radicalisation et l’achèvement de cette idée de Hume, en pensant ensemble 1) le caractère d’image (Bildhaftigkeit) de l’étant phénoménal, 2) l’objectivité réelle (real) et 3) le fait de rendre compréhensible la connaissance.

L’interprétation husserlienne du problème de Hume: rendre compréhensible la certitude du monde; cela exige le recours aux «formations de sens» (Sinngebilde) à opérer par le sujet et à leur caractère d’«image» (bildhaft).

La définition husserlienne du concept du «transcendantal» et son rapport fondamental au «sens se faisant» (Sinnbildung).

Le rôle du «monde de la vie» pour rendre compréhensible la certitude du monde. Première détermination du monde de la vie et de son rôle pour surmonter la crise des sciences modernes.

L’accès au monde de la vie grâce à l’«épochè du monde de la vie». Distinction entre l’a priori universel, relatif au monde de la vie, et l’a priori objectivo-logique des sciences en montrant que celui-ci se fonde sur celui-là. Remise en cause du lien à la prédonation du monde, afin de dégager la corrélation universelle décisive du monde et de la conscience du monde.

Précision et élaboration des implications relatives au sens et à la validité de l’a priori corrélationnel: ouverture de l’«empire du subjectif», au sein duquel des «figures de sens (Sinngestalten) » sont constituées en tant que «formations de sens (Sinnbildungen) ». La «matière spirituelle» de cet empire du subjectif anonyme en tant que «vie animée» de la subjectivité transcendantale. L’opération constitutive du monde de cette subjectivité anonyme.

La question du rapport entre «validité» et «être». La distinction traditionnelle entre «genèse» et «validité». La double transgression de cette limite (qui correspond à la façon de voir classique) chez Fichte (eu égard au sens spécifique du sens du transcendantal) et chez Husserl (concernant la co-originarité de l’être et de la validité dans le concept de «validité d’être»).

Mise en évidence de la nature de la thématisation spécifique du monde de la vie: orientation du regard – dans un retour spécifique – sur les opérations «fungierend» d’une «totalité synthétique» qui rend possible le fait que s’établisse le monde prédonné. Le sens de cette «prédonation» du monde. Mise en évidence de la co-appartenance originaire de l’«être» et de la «validité». Concrétisation de l’idée d’une «science du monde de la vie».

Révision fondamentale de la méthode phénoménologique par l’ébranlement de l’objectivisme dû à Hume en tant que celui-ci est au fondement de l’ébauche de la phénoménologie transcendantale. Cinq points critiques majeurs au sein de cette révision:

1 .) Le rendre-compréhensible transcendantal. Esquisse de la nouvelle tâche fondamentale de la phénoménologie: le fait de rendre compréhensible la connaissance au lieu de la légitimer. Le rôle décisif du sens se faisant dans ce nouveau projet. La fonction spécifique de l’«intersubjectivité» (non pas dans le sens d’une «communautarisation (Vergemeinschaftung) ») dans le «co-fonctionnement (Zusammenfungieren) » du «sens se faisant avec le sens se faisant (Sinnbildung mit Sinnbildung) ». La distinction nécessaire (que Husserl n’a pas faite) entre la «réduction phénoménologique» à l’ego et l’«induction transcendantale» dans les processus anonymes du sens se faisant. Confirmation de l’analyse par le recours à des déterminités temporelles. Le rôle du sens se faisant pour l’orientation téléologique dans la doctrine husserlienne de la raison.

2.) Remise en cause de l’évidence intuitive en tant que «principe de tous les principes». Le rôle des modes de conscience non intuitifs pour les processus du sens se faisant et la remise en question, qui en résulte, de l’intuition évidente en tant que principe suprême de la phénoménologie. Le renversement du rapport entre egocogitatiocogitatum dans le chemin à partir du monde de la vie par opposition à la démarche au sein du chemin cartésien. La nouvelle approche de la phénoménologie dans la Krisis par opposition à des ébauches antérieures.

3.) Critique du rôle prédominant des modes de conscience présentants (gegenwärtigend). Toute conscience implique des «présentations de… » qui renvoient à l’«a priori corrélationnel universel». Ces présentations impliquent des modes de présentification (Vergegenwärtigung) sans lesquels «les objets et le monde ne seraient pas là pour nous». Le fait que l’existence objective repose sur les différents modes de la présentification.

4.) Critique de la description phénoménologique. Le sol de la connaissance «objective» et le sol de la connaissance «transcendantale». Le problème, qui en résulte, d’une «double vérité». Rejet de l’idée que la science objective présenterait la science universelle. Rejet de l’idée qu’il y aurait une science descriptive de la sphère transcendantale originairement constitutive. Mise en avant d’un style de «recherche» spécifique qui doit se substituer à la description. L’insuffisance des remarques de Husserl à propos de l’alternative de la méthode descriptive.

5.) Le paradoxe d’un anéantissement de la conscience. Mise en évidence du «paradoxe» entre la subjectivité appartenant au monde et l’impossibilité d’une telle appartenance au regard de la compréhension radicale de la constitution du monde. Monstration, effectuée par Husserl, d’une tension entre l’attitude doxique et l’attitude transcendantale. Nécessité d’un «sol de la connaissance», établi «de par notre propre force», et – d’une façon correspondante – du caractère néant du sujet. Distinction entre deux niveaux de réflexion et, corrélativement, entre deux types d’épochè. La «solitude philosophique unique» de l’ego privé de monde en tant qu’exigence méthodologique fondamentale d’une philosophie radicale. La «méthode interne» de la phénoménologie. Les trois étapes de la «résolution du paradoxe» : 1.) Constitution de la sphère primordiale dont est exclu tout ce qui se rapporte à d’autres ego; 2.) perception d’autrui par aliénation (en analogie avec l’«auto-temporalisation par dé-présentation») ; 3.) auto-objectivation de l’ego transcendantal dans l’homme. Déplacement de la tension entre l’attitude doxique et l’attitude non-doxique (transcendantale) de l’ego appartenant au monde et l’ego transcendantal et constitutif qui n’appartient pas au monde vers celle entre (proto-)ego absolument unique et intersubjectivité, laquelle est à son tour constitutive de la mondanéité et de l’objectivité.

Double opposition entre Husserl et Heidegger eu égard à leurs perspectives fondamentales et au rôle de l’intersubjectivité (ce qui permet de voir que la position de Husserl s’approche avant la lettre de celle de Levinas). Considération finale (et définitive) sur la méthode phénoménologique. La différence méthodologique fondamentale entre la phénoménologie et les sciences de la nature (rendre-compréhensible transcendantal versus toute forme d’explication). La phénoménologie ne procure pas une extension de la connaissance, mais elle accomplit un questionnement à rebours eu égard au sens et à la validité de sens. Les limites de la position de Husserl dues à sa limitation à l’ego transcendantal.


III.

La phénoménologie et la question de la réalité


Chapitre V: La phénoménologie transcendantale du «sens se faisant» et le «réalisme spéculatif»

Justification de la confrontation entre la phénoménologie et le «réalisme spéculatif» de Quentin Meillassoux: le défi, posé à la phénoménologie, de rendre compte de l’«Absolu et du «Principe» et de faire face à la spéculation idéaliste. Plan du chapitre.

Reconstitution de l’«argument de l’ancestralité». Explication de la thèse corrélationiste d’après laquelle l’ancestralité se laisse expliquer par une «rétrojection» transcendantale. Deux objections de Meillassoux et leur rejet par le corrélationisme.

L’argument fondamental de Meillassoux contre le corrélationisme: son incapacité «à libérer le fondement nécessaire» afin d’«hypostasier la relation réciproque du sujet et du monde au-delà de l’instanciation dans une communauté d’individus mortels». Son affirmation de l’absence de sens d’une déconnexion de la conscience transcendantale de son incorporation empirique. Ses arguments afin d’étayer cette thèse: 1.) Affirmation de l’impossibilité de pouvoir mettre sur le même plan le passé «subjectivé» et le passé «ancestral» ; 2.) expression de la thèse du caractère intenable du point de vue de la phénoménologie transcendantale puisqu’un point de vue réaliste serait la condition du sens de tout énoncé phénoménologique; 3.) distinction entre la «donation lacunaire» et la «lacune de la donation». Le concept de possibilité selon Meillassoux. Contre-argument du corrélationisme: l’impossibilité de concilier le statut du sujet dans la phénoménologie avec celui chez Meillassoux (car la phénoménologie met le sujet hors circuit, en vertu de l’épochè, ce dont Meillassoux ne tient pas compte).

L’«antinomie de l’ancestralité» selon Meillassoux. Sa distinction entre le corrélationisme, le subjectivisme (métaphysique subjectiviste) et le réalisme spéculatif, et celle, impliquée par elle, entre la contingence, la facticité et l’archi-facticité. La thèse du corrélationisme: la désabsolutisation de la corrélation. La thèse du subjectivisme: l’absolutisation de la corrélation. La thèse du réalisme spéculatif: l’absolutisation de l’archi-facticité de la corrélation (= principe de la factualité) en tant que principe de la déconnexion du corrélationisme. Remarque critique à propos de la méthode: l’exigence de puiser la teneur réelle de la problématique du contenu phénoménal (= démarche phénoménologique) versus le procédé combinatoire du réalisme spéculatif.

L’argument de l’absolutisation de Meillassoux: la nécessité de «l’être-pensé effectif» de l’Absolu. Esquisse de la position contraire d’un «idéalisme spéculatif» phénoménologique, selon lequel un tel «être-pensé» n’a de sens que dans le cadre du corrélationisme.

Fondement de l’«idéalisme spéculatif phénoménologique» ou du «transcendantalisme spéculatif». La «matrice transcendantale du corrélationisme». Trois motifs fondamentaux de l’élaboration de cette matrice: le renvoi mutuel entre corrélativité (corrélation), significativité (sens) (et en lien avec cela: l’apparaître) et réflexivité (réflexion). Cette matrice consiste – dans un processus autoréflexif – à accomplir trois autoréflexions qualitativement distinctes. Explication plus détaillée de l’«induction transcendantale».

Première autoréflexion: elle vise la pré-saisie a.) de la structure de la conscience; b.) du projet en vue du sens; c.) du concept du «rendre-compréhensible» la connaissance. Éclosion d’une triple dualité du sujet et de l’objet, du sens projeté et du sens qui se donne et de l’original et de la copie du principe du rendre-compréhensible la connaissance.

Deuxième autoréflexion: celle-ci réfléchit ces trois dualités. En découlent: a.) la conscience de soi; b.) la vérité herméneutique; c.) la «plasticité» en tant qu’anéantir projetant ou projeter anéantissant.

Troisième autoréflexion: elle ouvre dans une autoréflexion intériorisante: a.) la pré-immanence ou pré-phénoménalité en tant que «sphère chôratique de l’“induction transcendantale” » ; b.) la générativité; c.) la réflexibilité transcendantale et la réflexibilité transcendante. La possibilisation du comprendre et la possibilisation de l’être. La loi transcendantale de la réflexion («redoublement possibilisant»). L’«excès ontologique» en tant que «porteur de la réalité». La table de la matrice transcendantale du corrélationisme.

«Réflexibilité» comme «principe» du corrélationisme ou de l’idéalisme spéculatif phénoménologique. Les trois déterminations fondamentales de l’être en tant qu’«Absolu» du corrélationisme ou de l’idéalisme spéculatif phénoménologique: 1.) le «pré-être» ou l’«être préalable» ; 2.) l’«excès» ontologique; 3.) la «fondation ontologique». L’être comme «excès fondant et préalable».



Chapitre VI: Le sens de la réalité

Les deux présupposés fondamentaux de la «réalité» : la perspectivité et l’excès transsubjectif. La question (qui est au fondement de la réalité) de la possibilité d’une apparition réelle en général. Deux nouvelles questions soulevées par là: en quoi consiste l’«entre-deux» entre la perspectivité et l’excès? (Cela concerne la question de savoir «où» se dirige en dernière instance le rapport conscientiel.) D’un autre côté, la «constitution ontologique» du Dasein humain (Heidegger) est au fondement de la perspectivité. Quel est le rapport entre cet «entre-deux» et cette détermination qui «teinte» pour ainsi dire tout rapport au monde?

Nouvelle considération du concept du «corrélationisme» (cette fois-ci du point de vue historiographique). Le corrélationisme et la «révolution copernicienne» de Kant. Le «transcendantalisme» kantien. Le «phénoménisme» kantien. La rupture de la problématique de la corrélation dans l’approche transcendantale de Kant: la «précarité ontologique de la réalité». La discussion de Heidegger avec Descartes concernant la «réalité du monde extérieur». Le «gnoséologisme» de Descartes. La triple critique heideggérienne de ce dernier. Quatre figures fondamentales du corrélationisme: 1.) Le lien, établi chez Kant, entre l’aperception transcendantale et sa doctrine du juger; 2.) la corrélation irréductible, selon Fichte, entre l’être et le penser en tant que réponse aux ontologies dogmatiques de la tradition philosophique pré-kantienne; 3.) l’analytique intentionnelle de Husserl; 4.) l’analytique du Dasein de Heidegger.

Le «sens se faisant (Sinnbildung) » en tant que concept central du corrélationisme phénoménologique. «Constitution» et «genèse» selon Husserl. La phénoménologie «statique» et la phénoménologie «génétique». Mise en valeur de la perspective «génétique» à travers le fait de penser ensemble la «condition» et l’«histoire».

Les trois aspects fondamentaux du «sens se faisant» : 1.) la genèse en tant qu’elle engendre via des «images» ; 2.) l’imagination; 3.) le caractère d’image comme processualité imageante-schématisante. La contribution richirienne à la détermination de la genèse. La conception richirienne de la phantasía et son rapport à cette perspective de l’image et de l’imagination.

Le statut de l’«image» et des processus «imageants-schématisants» dans le sens se faisant. Le but de ces élaborations: justification de la «phénoménalité du phénomène» et approfondissement du statut de la réalité.

Le «phénomène originaire du sens se faisant». La thèse de l’identification de la réalité et de l’image. La thèse de l’identification du phénomène et de l’image. Le sens se faisant et la construction phénoménologique. Une dernière remarque à propos de l’«induction transcendantale». «Première image» du phénomène originaire: le projet d’une copie du rendre-compréhensible la connaissance. «Deuxième image» du phénomène originaire: la plasticité en tant que «anéantir projetant» ou «projeter anéantissant». «Troisième image» du phénomène originaire: la réflexibilité en tant que loi intériorisante de la réflexion. La possibilisation du comprendre (réflexibilité transcendantale) et la possibilisation de l’être (réflexibilité transcendante). La «troisième image» du phénomène originaire en tant que processualité imaginante. L’excès ontologique en tant que «porteur de la réalité». La genèse de la phénoménalité en tant que phénoménalité. La phénoménalité en tant que «in-stance ek-stante» (Heidegger). La réalité en tant que lien nécessaire de l’être à l’«in-stance ek-stante». La réalité en tant qu’«in-stance-ek-stance ontologique», «onto-eis-ek-stasis» ou «endo-exogénéité ontologique».