Et si la maladie pouvait être autre chose qu’un simple événement organique, venant certes troubler notre vie psychique, mais sans rapport avec cette dernière? Quelles seraient les incidences sur notre conception du corps, sur celle de la matière même, si nous admettions que nous pouvions parfois, en quelque sorte «co-fabriquer» nos maladies organiques, bien qu’inconsciemment ? et quelles conséquences sur nos conceptions de la conscience, de la nature, s’il advenait que, de certaines de nos maladies organiques, pouvait résulter une issue favorable pour le sujet, la maladie se faisant une issue pour échapper à l’étau de pensées ou d’exigences inconciliables? en somme, qu’est-ce que le corps s’il peut prendre certaines formes que nous appelons maladies, si ces maladies font écho à notre biographie, aux événements de notre vie, et si elles peuvent même fournir une épreuve heureuse à notre impasse intérieure, nous apportant – parfois – un renouvellement salvateur ? Dans le sillage des recherches et intuitions du médecin allemand Viktor von Weizsäcker (1886-1957), cet ouvrage explore une hypothèse à double niveau: non seulement approfondir l’idée selon laquelle la matière corporelle est imprégnée de notre psychisme –pour le pire et pour le meilleur, puisque si nos pensées, croyances, ainsi que les épreuves de notre vie, peuvent concourir à co-produire nos maladies, ces mêmes maladies peuvent aussi oeuvrer à une renaissance après la crise –; mais il nous faut également envisager l’hypothèse selon laquelle la matière corporelle elle-même pourrait posséder une forme de conscience, distincte de la seule conscience réflexive voire même sensorielle. Par extension, c’est alors la conscience de la matière en général qui se dessine comme horizon théorique de cette recherche.
Née en 1983, Marion Richez est normalienne, agrégée et docteur en philosophie. Elle consacre une partie de son temps à l’enseignement et la recherche, une autre à l’écriture littéraire (L’odeur du Minotaure, 2014 ; Chicago, 2020, Sabine Wespieser éditeur ; Petit Pas, La Peuplade, 2026).
chapitre premierEsquisse d’un pont entre psychanalyse et médecine :Événements corporels et névrose
chapitre deuxièmeConscience du corps : trois modèles théoriques
- Communauté d’expression
- Une matière qui ressent [fühlende Materie]
chapitre troisièmeVers la conscience du corps : Implications théoriques des modèles psychocorporels
chapitre quatrièmeProlongements théoriques : La conscience, ou l’intérieur de la matière
chapitre cinquièmeEn finir avec la médecine de l’ontique : pour une réforme de la formation médicale et un renouveau conceptuel
chapitre sixièmeLes récits de cas
chapitre septièmeLa conscience corporelle dans les pratiques somatiques
conclusionLA LIBERTÉ DANS LES LIENS, MANIFESTE POUR UN PARADIGME NON GALILÉEN